Lucie Béguin est artiste plasticienne, audiodescriptrice et technicienne du son.
À travers ses activités elle interroge les fondements de mécanismes acceptés tels quels par le sens commun. Qu’il s’agisse d’actions spontanées, d’institutions, de procédés vulgarisés, les limites ne sont plus très claires et la perception du spectateur légèrement déplacée vers un en-deçà dérangeant –parfois à la limite du supportable, parfois ludique, toujours en décalage – permet à l’artiste un perpétuel re-questionnement de son environnement et de l’environnement collectif ordinaire.
De ces systèmes continuellement bousculés naît une autre forme dans ses oeuvres plastiques, une alternative de sens et de sensations.
Puisant à même ses expériences personnelles et ses projets d’audiodescriptions, sur le fil d’une prospection constante, ses travaux transpirent d’une sensibilité troublante, une fragile matière qu’elle canalise avec force et restitue à travers le son, la vidéo, la performance.

[01:47] Sur un ciel bleu azur et sans nuages, des roses, écarlates et ouvertes, se dressent fièrement devant une clôture blanche. Quelques oiseaux volent en altitude.
Devant des pavillons de banlieue américaine entourés d’arbres et de jardinets, un camion rouge de pompier circule lentement dans l’allée. Un policier souriant se tient debout sur le marchepied et salue le bord de la route. Un dalmatien est assis à ses côtés.
Au grès d’une brise légère, des jonquilles jaunes dansent doucement devant la clôture blanche
Au milieu d’une route, une dame âgée vêtue d’un gilet de sécurité orange tient en l’air un panneau rouge de signalisation « stop ». De l’autre main, elle fait signe à des écoliers de traverser devant elle ; ils la dépassent sagement en file indienne.
Quelques rayons de soleil caressent la façade blanche du pavillon et des arbustes taillés l’enferment.
[02:30] Un homme, la cinquantaine, arrose la pelouse à l’arrière de la maison. Il porte un Borsalino et des vêtements légers.
A l’intérieur, une femme du même âge assise sur un large canapé regarde la télévision. A l’écran, un pistolet vise une personne en hors-champ.
[02:42] Dans le jardin, l’homme continue d’arroser le gazon paisiblement.
Au niveau de l’arrivée d’eau, la pression est trop forte, le robinet fuit et l’eau gicle.
L’homme déplace le tuyau d’arrosage d’un coup sec de la main, qui se plie et s’enroule autour d’une branche d’arbuste. La pression continue d’augmenter et l’eau de jaillir. Le tuyau enserre un peu plus la branche.
Brusquement, l’homme se tient la nuque, et s’effondre dans la boue, dans un rictus de douleur. Au sol, il se tord et respire mal. Il serre dans sa main le tuyau d’arrosage.
L’eau asperge le jardin comme une légère pluie fine.
Un enfant en bas âge, se dirige vers lui depuis la maison voisine derrière la clôture blanche. Il tient un jouet rouge dans la main. Un chien Jack Russel prend appui sur le corps de l’homme pour jouer avec le jet d’eau. Il cherche à l’attraper avec sa gueule.
[03:24] Sous le gazon noyé d’eau, en dessous des brins d’herbe vert vif, dans la terre humide, des insectes grouillent, les uns sur les autres, dans un univers sombre et répugnant.
[01:47 – 03:55] premières scènes d’introduction du film Blue Velvet – Audio description écrite par Lucie Béguin, paru fanzine Sub-Stance, 2017

Audiodescription, extrait de Blue Velvet, David lynch.

Kind of Kin est un projet de recherche et de création initié en 2018 par un regroupement d’artistes (Lucie Béguin, Vidya-Kélie Juganaikloo, Antoine Proux, Axelle Rossini et Ida Simon-Raynaud). Au sein de Kind of Kin, Lucie Béguin part du principe que si le point d’inflexion entre l’holocène et l’anthropocène pourrait être l’éradication de la plupart des refuges selon Donna Haraway, il s’agirait maintenant d’en trouver de nouveaux. Elle poursuit un travail de recherches autour de nouveaux refuges à trouver ou à créer, réels ou fictionnels, aussi bien composés de non lieux que de territoires à construire. La recomposition d’espaces abandonnés, le récit de déambulations dans des lieux imaginaires, la réflexion sur la mutation d’éléments architecturaux nourrissent sa démarche et la mène inexorablement à révéler les espaces en suspend.